Harcèlement scolaire : que faire, étape par étape

Votre enfant est harcelé

Vous n'avez pas à attendre que l'école bouge la première

Un enfant qui ne veut plus partir le matin, des affaires abîmées, des messages la nuit : quand on comprend ce qui se passe, on veut agir tout de suite et on ne sait pas par où. Bonne nouvelle : les démarches ne sont pas hiérarchisées. Vous pouvez alerter l'établissement, saisir l'académie et appeler le 3018 en même temps. Voici ce que dit précisément la loi, ce que l'école doit faire, et ce que vous pouvez demander.

L'essentiel en 5 points

  • Le droit de votre enfant à une scolarité sans harcèlement est inscrit à l'article L. 111-6 du code de l'éducation. Il couvre les faits commis dans l'établissement comme en marge de la vie scolaire.
  • L'établissement, public ou privé, doit prendre les mesures appropriées : prévenir, détecter, apporter une réponse rapide et coordonnée, orienter victimes, témoins et auteurs (art. L. 111-6, alinéas 2 et 3).
  • Le programme pHARe est obligatoire dans chaque école, collège et lycée depuis la rentrée 2023 : équipe ressource d'au moins cinq personnels formés, questionnaire annuel du CE2 à la terminale, dix heures de formation des élèves par an (circulaire du 2 février 2024).
  • Le 3018 est gratuit, anonyme, ouvert 7j/7 de 9h à 23h. Ce n'est pas un recours de dernier ressort : vous pouvez l'appeler tout de suite.
  • Le harcèlement scolaire est un délit (art. 222-33-2-3 du code pénal), puni pour un auteur majeur de 3 ans de prison et 45 000 € d'amende, et jusqu'à 10 ans et 150 000 € si les faits ont conduit la victime à se suicider ou à tenter de se suicider.

Ce que dit la loi, en une phrase

Depuis la loi du 2 mars 2022, le code de l'éducation pose un principe simple à l'article L. 111-6 : aucun élève ne doit subir de harcèlement. Le texte vise les propos et comportements qui portent atteinte à la dignité de l'élève, altèrent sa santé physique ou mentale, ou dégradent ses conditions d'apprentissage. Point important pour les familles : il couvre les faits commis dans l'établissement et en marge de la vie scolaire — donc aussi ce qui se passe sur les réseaux sociaux, le soir, depuis la maison.

« Aucun élève ou étudiant ne doit subir de faits de harcèlement résultant de propos ou comportements, commis au sein de l'établissement d'enseignement ou en marge de la vie scolaire ou universitaire et ayant pour objet ou pour effet de porter atteinte à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de dégrader ses conditions d'apprentissage. » — art. L. 111-6 du code de l'éducation

Un réflexe à corriger avant d'écrire à l'école. Beaucoup de modèles de courrier qui circulent citent encore l'article L. 511-3-1. Cet article a été abrogé le 4 mars 2022. L'invoquer aujourd'hui, c'est fonder son courrier sur un texte qui n'existe plus. Le bon article est L. 111-6.

Ce que l'établissement doit faire

L'obligation ne pèse pas seulement sur l'élève auteur : elle pèse sur l'établissement. L'article L. 111-6 impose aux écoles, collèges et lycées, publics comme privés, de prendre « les mesures appropriées » pour prévenir l'apparition des situations de harcèlement, favoriser leur détection, y apporter une réponse rapide et coordonnée, et orienter les victimes, les témoins et les auteurs vers les services appropriés. Le même article prévoit qu'une information sur les risques du harcèlement, y compris du cyberharcèlement, est délivrée chaque année aux élèves et aux parents. À cela s'ajoute le programme pHARe, que le ministère impose dans chaque école, chaque collège et chaque lycée depuis la rentrée 2023 (circulaire du 2 février 2024). Cette obligation résulte d'une circulaire — une instruction administrative — et non d'une loi ; elle n'en reste pas moins ce sur quoi vous appuyer face à un établissement qui dit ne rien avoir prévu. Concrètement, chaque établissement doit disposer :

Les démarches : plusieurs canaux, en parallèle

  1. Alerter la direction de l'établissement, par écrit, en datant les faits. Un courriel ou un courrier laisse une trace que l'oral ne laisse pas. Aucun texte ne vous impose ensuite d'attendre sa réponse avant d'engager les étapes suivantes : vous pouvez agir sur plusieurs fronts en même temps.
  2. Saisir le référent harcèlement départemental ou académique, l'IEN dans le premier degré, ou le DASEN. La circulaire du 2 février 2024 charge le responsable départemental, dès réception d'un signalement, « d'en assurer le traitement avec la famille et l'école ou l'établissement concerné, jusqu'à la résolution de la situation ».
  3. Appeler le 3018, à tout moment. Numéro national, gratuit et anonyme, ouvert 7j/7 de 9h à 23h. Il n'est pas conçu comme un dernier recours.
  4. Déposer plainte, si les faits le justifient. Cette démarche est indépendante de l'action de l'établissement : elle ne l'attend pas et ne la remplace pas.

Combien de temps l'école a-t-elle pour répondre ? Aucun texte ne fixe de délai que vous puissiez faire valoir en justice. Le ministère s'est fixé un objectif interne de réponse décisive dans le mois suivant la révélation des faits. C'est un indicateur de pilotage, pas un droit. Vous pouvez le rappeler dans un courrier — en sachant que sa valeur est celle d'un engagement, pas d'une obligation opposable.

Le harcèlement scolaire est un délit

L'article 222-33-2-3 du code pénal définit le harcèlement scolaire comme des faits de harcèlement moral commis à l'encontre d'un élève par une personne qui étudie ou exerce une activité professionnelle au sein du même établissement. Deux conséquences que les familles ignorent souvent : l'auteur peut être un autre élève mais aussi un personnel ; et l'infraction reste caractérisée si les faits se poursuivent après que l'auteur ou la victime a quitté l'établissement. Les peines prévues par cet article, pour un auteur majeur, sont de 3 ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende ; 5 ans et 75 000 € si les faits ont causé une incapacité totale de travail de plus de huit jours ; 10 ans et 150 000 € s'ils ont conduit la victime à se suicider ou à tenter de se suicider. Lorsque l'auteur est mineur, le droit pénal des mineurs s'applique et les peines encourues sont différentes : demandez ce point à un professionnel du droit plutôt qu'à un forum, les chiffres qui circulent sont souvent ceux des majeurs. Enfin, l'article 40 du code de procédure pénale oblige tout fonctionnaire qui acquiert dans l'exercice de ses fonctions la connaissance d'un délit à en aviser sans délai le procureur de la République : cette obligation s'applique aux personnels de l'Éducation nationale, et c'est un argument utile face à un établissement qui préfèrerait régler la situation « en interne ».

Faire cesser la situation : et si c'est l'auteur qui doit partir ?

C'est la question la plus douloureuse : beaucoup de familles finissent par changer leur propre enfant d'établissement, faute d'autre solution. Depuis le décret du 16 août 2023, deux mécanismes existent, et ils diffèrent selon le niveau.

Écrivez, datez, gardez tout. Captures d'écran horodatées, certificats médicaux, courriers envoyés et réponses reçues, comptes rendus de rendez-vous rédigés le soir même. Ce n'est pas de la méfiance : c'est ce qui transforme un ressenti en dossier, que ce soit devant l'académie, devant le conseil de discipline ou devant un commissariat.

Accompagnement d'une famille confrontée à une situation de harcèlement scolaire

Comment on vous accompagne face au harcèlement

On met les faits à plat avec vous. Dates, lieux, témoins, messages : un signalement daté et documenté n'obtient pas la même réponse qu'un appel téléphonique. Nous vous aidons à construire ce récit avant d'écrire à qui que ce soit.

On écrit les courriers avec les bons articles. L. 111-6 pour le droit de votre enfant, l'obligation d'agir de l'établissement, l'article 40 pour le signalement au procureur. Un courrier juste sur le fond change souvent le ton de la réponse.

On reste là si la situation ne bouge pas. Saisine du référent départemental, préparation d'un rendez-vous avec la direction, orientation vers le 3018 ou vers un avocat si les faits relèvent du pénal : vous n'avez pas à choisir seul quelle porte pousser ensuite.

Les questions qu'on nous pose souvent

Vos questions sur le harcèlement scolaire

Les questions que les parents nous posent le jour où ils comprennent ce que leur enfant traverse.

Questions fréquentes — Harcèlement scolaire : que faire
Par où je commence, concrètement ?

Par un écrit daté à la direction de l'établissement, qui expose les faits sans interprétation. En parallèle — pas après — vous pouvez appeler le 3018 et saisir le référent harcèlement départemental ou académique. Rien ne vous oblige à attendre l'échec de l'école pour aller plus loin.

L'école me répond qu'elle n'a rien constaté, que faire ?

Demandez par écrit ce qui a été mis en place au titre du programme pHARe, obligatoire dans chaque école, collège et lycée depuis la rentrée 2023 : équipe ressource, protocole national de détection et de prise en charge. Et saisissez le niveau au-dessus — IEN dans le premier degré, DASEN ou référent départemental ensuite.

Combien de temps l'établissement a-t-il pour me répondre ?

Aucun texte ne fixe de délai que vous puissiez faire valoir en justice. Le ministère s'est fixé pour objectif une réponse décisive dans le mois suivant la révélation des faits, mais c'est un objectif interne. Méfiez-vous des pages qui écrivent « l'école a un mois pour répondre » : ce n'est pas un droit opposable.

Faut-il porter plainte ?

C'est votre décision, et elle est indépendante de ce que fait l'établissement. Le harcèlement scolaire est un délit prévu à l'article 222-33-2-3 du code pénal. À savoir : tout personnel de l'Éducation nationale qui a connaissance d'un délit dans l'exercice de ses fonctions doit en aviser sans délai le procureur (art. 40 du code de procédure pénale).

Est-ce à mon enfant de changer d'école ?

Pas nécessairement. Depuis le décret du 16 août 2023, c'est l'élève auteur qui peut être visé : à l'école, le DASEN peut demander au maire sa radiation et son inscription dans une autre école de la commune ; au collège et au lycée, la procédure disciplinaire est obligatoire en cas de harcèlement. Demandez explicitement l'application de ces textes avant d'envisager de déplacer votre enfant.

J'ai trouvé un modèle de courrier qui cite l'article L. 511-3-1, c'est bon ?

Non : cet article a été abrogé le 4 mars 2022. Le texte en vigueur est l'article L. 111-6 du code de l'éducation. Un courrier fondé sur un article abrogé se décrédibilise tout seul — remplacez la référence avant d'envoyer.

Le 3018, c'est seulement quand plus rien ne marche ?

Non. Le 3018 est présenté comme un canal d'alerte utilisable directement, sans attendre l'échec de l'établissement. Il est gratuit, anonyme, et ouvert 7j/7 de 9h à 23h.

Textes et sources · vérifiés le 11 août 2026

Cœurs d'Enfants oriente et accompagne les familles dans leurs démarches. L'association ne se substitue ni au rectorat, ni aux services du département, ni à un avocat. Les textes évoluent : vérifiez toujours la date de mise à jour de cette page et, en cas de procédure engagée, faites-vous accompagner.

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